Le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, a prononcé, mercredi à Charm El-Cheikh, une allocution lors du 15eme sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du Mouvement des pays non-alignés, dont voici le texte intégral :
« Monsieur le Président et Cher Frère, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Il me plaît, tout d’abord, de vous féliciter pour votre brillante élection à la tête de notre Mouvement et de vous dire toute notre satisfaction de voir l’Egypte soeur, qui a joué un rôle pionnier dans la naissance du Mouvement des Non-Alignés, présider à ses destinées en cette étape particulièrement cruciale de notre histoire.
Nous sommes convaincus que sous votre présidence, notre Mouvement relèvera le défi de la consolidation de son rôle sur la scène internationale et mènera avec succès le processus de sa revitalisation et de son renouveau déjà engagé par la présidence sortante.
Je voudrais, à cet égard, rendre un hommage appuyé à la République de Cuba qui, forte de son attachement indéfectible aux principes et aux idéaux du non-alignement, a su imprimer à notre Mouvement la démarche et l’action qui lui ont permis de s’imposer comme un acteur responsable et respecté et en tant que partie prenante à tous les débats d’importance pour la communauté internationale.
L’Algérie, qui a toujours cru en la pertinence du rôle joué par le Mouvement des Non-Alignés, se réjouit naturellement de le voir aujourd’hui particulièrement engagé dans sa double vocation de concertation et de solidarité et toujours porteur de nos aspirations communes à l’avènement d’un monde meilleur.
Elle se réjouit également de voir ses rangs davantage renforcés et la participation à ses rencontres sollicitée, comme en témoigne le nombre de plus en plus important de pays et d’organisations qui assistent, en qualité d’observateurs, à nos travaux.
Cette crédibilité affirmée, notre Mouvement la doit tout à la fois à la générosité de son message, à la justesse de ses positions et à la légitimité de ses revendications. C’est que le non-alignement comme vision, comme projet et comme regroupement, a pour ambition de servir de force de propositions dans la conduite des relations internationales et d’exemple d’approche constructive dans la recherche et la promotion de solutions aux grands problèmes de notre temps.
C’est pourquoi, fort de cette conviction, notre Mouvement, qui a récusé, hier, les antagonismes idéologiques, la logique de la confrontation et des alliances militaires, dénonce, aujourd’hui, le désordre et les inégalités qui caractérisent le système international.
Hier comme aujourd’hui, les positions du mouvement non-aligné sont dictées par le souci primordial de préserver la paix et la sécurité internationales comme elles sont mues par le désir profond de voir les conditions d’une prospérité partagée réunies pour le bien de l’ensemble de la communauté internationale.
De ce point de vue, et alors que le monde traverse une crise économique d’une ampleur sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, ses mises en garde répétées contre les dysfonctionnements du système économique et financier international, se trouvent, une fois de plus justifiées.
Elles résonnent autant comme une dénonciation de ce système, que comme un appel à un éveil des consciences sur les dangers qui nous guettent et une exhortation à une action collective pour prémunir durablement l’humanité de la résurgence de crises chaque fois plus dévastatrices, en particulier, pour les pays pauvres.
A cet égard, le constat unanime qui s’impose aujourd’hui est que la réponse à la gravité de cette crise systémique ne saurait se satisfaire de réformes conjoncturelles.
Ce dont il est question maintenant, et cette crise l’a révélé au grand jour, ce sont des changements substantiels porteurs d’une véritable logique de développement en phase avec les incontournables réalités économiques et sociales et à la hauteur des immenses défis écologiques et climatiques,
Ce dont il s’agit également, c’est une rupture avec les approches partielles et superficielles suivies jusque-là et qui, en plus d’avoir prouvé leur incapacité à prévenir ces crises cycliques, sont totalement en déphasage avec les réalités du monde parce que décidées dans des cercles restreints insuffisamment représentatifs des intérêts de l’ensemble de la Communauté internationale.
La marginalisation qui touche nos pays et leur exclusion des sphères où sont prises les décisions qui commandent la conduite de la politique économique mondiale ne peuvent raisonnablement continuer.
En effet, dans un contexte mondial marqué par la globalisation, la participation de nos pays au processus de réflexion et de reconfiguration des relations économiques internationales est non seulement un droit mais aussi une exigence de bon sens.
Elle est dictée par la nécessité d’une gestion transparente, responsable, efficiente et solidaire de l’interdépendance qui permettrait, au-delà du partage du risque économique, d’assurer à tous, les bienfaits de la croissance et de la prospérité.
C’est dire que le pari qu’il nous faut absolument gagner est double: -Il s’agit, d’abord, de mettre un terme au désordre économique mondial et à la récession qui s’opposent à nos ambitions tant individuelles que collectives de développement et de progrès,
-Il importe aussi, d’agir de concert et de manière déterminée pour que la mondialisation soit mise au service de tous, de façon à permettre aux pays en développement de tirer profit de l’essor prodigieux des flux d’échanges et d’investissements qu’elle a réussi à impulser.
De tels choix auraient des effets bénéfiques à court, moyen et long termes, pour tous les pays, en ce sens que leur seront évitées les crispations et les surenchères de toutes sortes, ainsi que les penchants protectionnistes préjudiciables à notre quête commune d’un monde juste, prospère et solidaire.
En attendant qu’une telle dynamique salvatrice puisse être enclenchée, force est de reconnaître que si la crise économique actuelle est sévère pour tous, elle se traduit de façon dramatique pour les pays pauvres.
Dramatique, cette crise le serait davantage si elle devait servir de prétextes à nos partenaires du Nord pour réduire leurs engagements en matière d’aide au développement et de soutien à la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement ou de justificatif pour un fléchissement des efforts dans
le domaine du maintien de la paix en général et des processus de stabilisation et de reconstruction post-conflit, en Afrique en particulier.
Face à cette préoccupation que nous partageons tous l’écoute dont le récent Sommet du G8 à L’Aquila a fait montre à travers la réaffirmation de la validité de ses engagements en direction du monde en développement de manière générale, et l’Afrique en particulier, est un développement encourageant qu’il importe de mentionner.
Les contraintes financières, invoquées bien avant cette crise, pourraient, aussi, affecter négativement la coopération convenue entre l’ONU et les organisations régionales, l’Union Africaine singulièrement, dans les domaines du renforcement des capacités et de la construction de partenariats pour le développement.
Cette crise pourrait, enfin, contrarier l’entreprise du dialogue des cultures et des civilisations sur laquelle de légitimes espoirs sont placés et pour laquelle des efforts considérables ont été investis au cours des dernières années. Il importe, en effet, que les bonnes volontés qui ont porté ce projet poursuivent ce combat vital pour l’humanité, armées de la vigilance pour empêcher les adeptes et promoteurs de la confrontation qu’ils continuent à semer le doute sur les valeurs de fraternité humaine et à propager le message de la haine, de la division et du rejet de l’autre.
Monsieur le Président,
Pour indispensable et incontournable qu’elle soit, la focalisation de l’attention sur la crise actuelle ne doit pas nous détourner des autres objectifs qui ont toujours été portés par notre Mouvement.
Je pense en particulier à notre combat pour la refondation du système de sécurité collective qui consacrerait en droit, comme dans la pratique, l’aspiration de tous les peuples à vivre dans la paix et la sécurité.
Un système fondé sur le caractère indivisible de la sécurité internationale et qui appréhende la menace sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions. A l’évidence, la mise en place d’un tel système demeure tributaire de l’instauration d’un nouvel ordre international, elle-même sous tendue par l’exigence de l’émergence d’une gouvernance mondiale portée par la conviction partagée que les Etats et les peuples sont plus que jamais liés par une communauté de destin.
Le nouvel ordre international que nous revendiquons est celui qui sera basé sur le respect scrupuleux des obligations qui incombent à tout un chacun en vertu de la Charte des Nations-Unies, en particulier, notre engagement à vivre en paix et en sécurité les uns avec les autres dans un esprit de tolérance et de bon voisinage, à favoriser le progrès social en instaurant les conditions d’une vie empreinte de justice, d’équité et de liberté, et à créer les conditions propices au rétablissement des équilibres naturels qui préserveraient notre planète des désastres écologiques et des changements climatiques.
Un ordre international qui sera au service d’un multilatéralisme ouvert et transparent, et qui s’articulera autour des principes de la Charte des Nations-Unies pour épargner à la communauté internationale les dérives dangereuses dont elle a été témoin à différentes périodes de son histoire et pour lesquelles elle
a payé et continue de payer un fort tribut en pertes humaines et en destructions matérielles.
Seule, en effet, l’action multilatérale soutenue par une volonté politique et animée par un esprit de solidarité fondé sur un partage équitable des sacrifices et des efforts permettra de sceller des compromis avantageux pour tous et de gagner les paris cruciaux pour l’humanité à l’instar du réchauffement climatique, du désarmement et de la non-prolifération nucléaire et de la lutte contre le fléau du terrorisme.
Il me plaît, dans ce contexte, de remercier tous ceux qui ont apporté leur soutien à la proposition de la présidence algérienne de la Conférence du désarmement devant permettre, enfin, à ce Forum de jouer le rôle qui est le sien dans le domaine de la paix et de la sécurité internationale.
Je pense également au combat du Mouvement pour l’instauration d’un ordre international fondé sur le droit et la justice qui ne peut s’accommoder du sort aussi inhumain qu’intolérable réservé au peuple palestinien.
Je voudrais, à cet égard saluer le soutien constant apporté par le Mouvement des Non-Alignés au recouvrement par le peuple palestinien de ses droits nationaux inaliénables.
Ce soutien revêt aujourd’hui un caractère crucial alors que la question palestinienne traverse la période la plus délicate de son histoire et au moment où le monde commence à comprendre enfin qu’il n’y aura pas de progrès dans le processus de paix au Moyen-Orient sans des pressions fortes et pleinement assumées sur Israël en vue d’amener ses dirigeants à mettre un terme définitif à sa politique d’agression, à cesser totalement sa politique de colonisation et à respecter les accords conclus pour un retour durable de la paix dans la région.
C’est cette même quête de liberté et justice qui fonde le refus de notre Mouvement des situations de domination coloniale ou d’occupations étrangères et son soutien indéfectible au droit des peuples à disposer librement de leur destin.
L’Algérie apprécie, à sa juste valeur, la position constante Mouvement des Non-Alignés en faveur d’un règlement juste et durable du conflit du Sahara
Occidental qui ouvrirait, au peuple de ce territoire, la voie à l’exercice de son droit légitime à l’autodétermination.
Pour ce qui la concerne, l’Algérie, fidèle à ce principe intangible, tient à réaffirmer, une fois de plus, sa disponibilité à poursuivre sa pleine coopération avec les Nations unies pour aider les deux parties au conflit, le Royaume du Maroc et le Front Polisario, à aboutir à une solution politique, mutuellement acceptable, sur la base des résolutions du Conseil de sécurité et dans le respect du droit du peuple du Sahara Occidental à disposer librement de son destin.
A cet égard, mon pays demeure engagé à apporter tout l’appui nécessaire au Secrétaire général de l’ONU et à son Envoyé personnel pour qu’ils s’acquittent pleinement de la mission qui leur a été confiée en vertu de la résolution 1754 (2007)du Conseil de sécurité.
Je pense enfin à la réforme des Nations-Unies, indissociable de la démocratisation des relations internationales et à la promotion d’un système multilatéral équitable et crédible.
A l’évidence, cette réforme ne sera ni complète ni satisfaisante sans un élargissement du Conseil de sécurité pour qu’il soit plus représentatif et sans la révision substantielle de ces méthodes de travail pour qu’il soit plus transparent et plus efficace.
C’est parce qu’il occupe une place centrale dans le système de sécurité collective institué par la Charte de l’Onu, que sa réforme est à la fois nécessaire et importante pour faire en sorte qu’il puisse agir le plus efficacement et de la manière la plus équitable, dans l’intérêt de la paix et de la sécurité internationales.
Ce qui est loin d’être le cas malheureusement aujourd’hui comme l’attestent la tension qui persiste au Moyen-Orient, l’insécurité qui prévaut tout autour des côtes somaliennes, les hésitations et les incohérences qui compliquent la crise du Darfour, les difficultés qui entravent la normalisation de l’Afghanistan et le caractère inédit de la situation que connaît le Kosovo.
Monsieur le Président,
Par delà les idéaux qui forgent l’identité de notre Mouvement et les positions de principe qui sont l’expression même de sa raison d’être, il importe que le présent Sommet réaffirme avec force, les engagements politiques des pays non-alignés en faveur d’une prise en charge solidaire, adéquate et concrète des défis auxquels nous sommes, individuellement et collectivement, confrontés. Une telle réponse, qui s’impose face aux défis variés et complexes, rend plus que jamais nécessaire la redynamisation de nos cadres d’action et de solidarité déjà existants.
C’est le cas notamment de la coopération Sud-Sud dont les promesses et le potentiel n’ont pas été jusqu’ici exploités comme il se doit. C’est le cas aussi de la coordination et de la concertation avec le Groupe des 77 qui a démontré toute son efficacité dans la prise en charge des préoccupations des pays en développement et dans la défense de leurs intérêts.
Une telle action est tout aussi indispensable pour relever le double défi du développement et du bien-être à travers une mobilisation des ressources nécessaires pour lutter contre les pandémies et les maladies qui sévissent dans le monde, et avec un accent particulier dans les pays en développement.
Monsieur le Président,
En ces temps manifestement difficiles, où les doutes et les désillusions continuent de contrarier la quête des idéaux de paix et de développement, le Mouvement des Non-Alignés se doit de rester à l’avant-garde de la promotion d’un nouvel ordre international porteur d’un multilatéralisme novateur.
Un multilatéralisme fait d’ouverture réciproque, de compréhension mutuelle et de solidarité active. Un multilatéralisme qui oeuvrerait au rapprochement des civilisations, des cultures et des peuples, dans le respect mutuel et la tolérance. Un multilatéralisme fait d’universalité et d’humanisme, de générosité et de prospérité partagée.
Monsieur le Président,
Notre Mouvement a connu, ces dernières années, des évolutions remarquables qui consolident sa refondation et renforcent sa cohésion et qu’illustrent à la fois la revitalisation de notre démarche commune et nos actions collectives au sein des fora internationaux. Nous sommes rassurés que la conduite de cette tâche incombe aujourd’hui à mon frère le président Moubarak, qui saura engager, avec la détermination, la sagesse et la perspicacité que nous lui connaissons, les efforts nécessaires qui nous permettront de traduire solidairement les attentes placées en notre mouvement.
Avec cette note d’espoir fondé et légitime, permettez-moi de vous réitérer l’assurance que l’Algérie, dont le Non-alignement constitue un élément fondateur de sa politique étrangère, assumera pleinement le rôle qui lui revient et la part de responsabilité qui lui incombe pour relever les immenses défis auxquels nous faisons face.
Je vous remercie de votre aimable attention ».
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