En repérage à Oran et à El-Malah avec Alexandre Arcady, "enfant de la casbah"

Il est fréquent que les réalisateurs invitent la presse sur le tournage de leur film. Il est plus rare de les convier au stade des repérages. Impatient de parler de son nouveau projet et de « faire partager l’émotion brute d’une reconstitution future », Alexandre Arcady s’est rendu durant trois jours fin avril avec quelques membres de son équipe à Oran et à El-Malah. Là où devrait se tourner son prochain film, adapté du livre de Yasmina Khadra Ce que le jour doit à la nuit (Julliard, 2008). Un roman fresque où se dessine, plus que l’amour impossible entre un Algérien et une Française, celui de deux peuples qui ont chéri ensemble la même terre avant de s’entre-déchirer.Une manière pour Arcady, « enfant de la casbah », de revenir une fois encore dans son pays natal. Et ce après Le Coup de sirocco (1979), Le Grand Pardon (1982, 1992) Le Grand Carnaval ou Là-bas… mon pays (2000) dont certaines scènes furent tournées en Algérie. « A la lecture du roman, explique Arcady, j’ai eu le sentiment que ma vie de cinéaste était tendue dans un seul sens, que j’attendais cette histoire. Tous les films que j’ai réalisés jusqu’ici ont été des films préparatoires. Celui-ci sera un aboutissement. » Puis d’ajouter : « Je suis reconnaissant à Yasmina Khadra d’avoir choisi un cinéaste algérien, français d’origine juive. C’est le symbole d’une belle union. »

Scellée à Oran en présence de Fadela Amara, venue officiellement apporter le soutien de la France au projet, cette union franco-algérienne était désirée plus que tout par Yasmina Khadra. Ainsi a-t-il mis comme condition que le film (dont une version en deux parties sera diffusée sur France 2 ) soit tourné dans son pays, jadis « terre de cinéma ». Mais également qu’il soit le fruit d’une coproduction franco-algérienne. Outre Studio 37 (Orange), France Télévisions ou Mediaset (la société de Tarek Ben Ammar), Les Films de la Source, dirigés par Bachir Derrais, participeront au budget, estimé à 17 millions d’euros. De même pour la distribution, où les noms d’Isabelle Adjani et Roschdy Zem sont avancés.

Sur les hauteurs d’Oran, depuis Notre-Dame-de-Santa-Cruz, Arcady commente avec ferveur la vue sur cette ville singulière, construite dos à la mer, avec laquelle « le cinéma ne peut pas tricher ». Observant les cargos quitter le port, il confie : « En 1962, lorsque le navire a quitté Alger, ma mère, en larmes, sur le bastingage s’est écriée : « J’ai oublié les photos dans le buffet de la cuisine ! » Ma vie de cinéaste aura été cela : lui restituer toutes ses photos… » Puis après un silence : « Je m’inscris dans le rêve de Khadra, dans sa recherche du temps perdu », ajoute-t-il, avant de donner l’ordre du repli vers le centre-ville.

Au pas de charge, la petite troupe, sous le regard curieux et amusé des badauds, s’arrête quelques instants pour admirer le théâtre rococo et l’hôtel de ville encadré par les deux lions célébrés par Camus dans Noces, avant de repartir vers la poste. Là, dans un salon de coiffure tout droit sorti des années 1950, Arcady inspecte les lieux avec son chef décorateur, observe, s’arrête et « hume ». Le patron, tout sourire, lance : « Bienvenue chez vous ! »…

Mais déjà l’équipe repart, direction El-Malah, anciennement Rio Salado, à 60 kilomètres à l’est d’Oran, où se situera une grande partie du film. Aux abords de ce qui fut l’un des plus riches villages viticoles d’Algérie, les vignes ont disparu au profit des pâturages. Ici ou là, on aperçoit encore quelques vestiges coloniaux : coopérative, bâtisses et villas bordées de cyprès.

Pour l’occasion, El-Malah, qui a conservé les allures d’une petite ville du sud de la France, s’est refait une beauté avant de plus amples travaux. « Ce film est une chance pour nous, explique Ahmed Kaddour, maire de la commune. Le préfet de la wilaya est avec nous. Une enveloppe de 1 milliard de dinars (10 millions d’euros) a été débloquée pour refaire les façades des maisons, la place, mais aussi le cimetière chrétien. Ce film est une manière de célébrer des retrouvailles avec des gens dont nous nous étions séparés en 1962. »

Après un détour par le cimetière, où les stèles de riches colons voisinent avec des modestes tombes envahies d’herbes, une ultime halte est faite près d’une vaste ferme dominant la plaine. « C’est ici sans doute que se déroulera le mariage d’Emilie », lance Arcady, tandis que son chef décorateur mesure la tâche à accomplir pour lui redonner son éclat d’antan. « Il nous faudra un mois ou plus… »

Dès septembre, l’équipe sera à pied d’oeuvre pour la restauration de ces sites, avant un tournage prévu fin 2010. « Ce que l’on est en train de faire pour l’Algérie, s’exclame Yasmina Khadra radieux, vaut tous les livres du monde. »

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One Response to En repérage à Oran et à El-Malah avec Alexandre Arcady, "enfant de la casbah"

  1. On aurait dû n’accorder aucun droit de repérage à Arcady donc aucun droit de tourner depuis son film « là-bas mon pays » dans lequel il a humilié la femme algérienne en lui attribuant le rôle de la fille qui couche avec l’amant de sa mère. C’est des moeurs normales en France mais pas en Algérie. Nous avons des principes et des valeurs que Arcady a piétiné dans ce navet qui n’a d’ailleurs pas marché et c’est tant mieux.

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