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Jeunesse ou jeunesses ? Il y a ceux qui, à leurs risques et périls, affrontent les mers pour d'autres horizons. C'est une réalité tragique mais il y a aussi les milliers qui fréquentent les lycées et les universités. Ils ne rêvent pas tous de partir ailleurs.
Il y a encore ceux nombreux qui souffrent du chômage et qui se contentent des emplois faiblement rémunérés. Il ne faut pas oublier pour autant ceux qui lancent des projets, réussissent leurs «affaires». On ne peut parler des uns en ignorant les autres. La réalité a toujours deux faces sans compter ses nuances. «J'ai vingt ans et je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie». Certes, une majorité de jeunes pourrait s'approprier ce vers de Paul Nizan pour exprimer leurs angoisses et leurs incertitudes. C'est un cri qui traduirait le refus d'un quotidien marqué par la rareté des loisirs et la misère affective. Le président de la République s'est adressé dans son dernier discours à cette catégorie qui constitue la majorité de la population. Elle doit «bannir l'usage de la violence et ne pas se laisser fourvoyer par les tromperies véhiculées par des parties qui cherchent à semer la destruction et la discorde». La fougue et la propension à la révolte et à la contestation à cet âge enflamment la colère.
Ce recours à la violence qui s'est manifesté pour diverses raisons ne saurait pourtant constituer une solution aux problèmes qui obscurcissent son horizon. Le chef de l'Etat appelle l'administration à «ouvrir ses portes du dialogue, jeter les passerelles de la confiance mutuelle et se rapprocher davantage des citoyens».
De fait, les tentacules de la bureaucratie découragent encore bien des jeunes à entreprendre des projets dans leur pays. Le parcours du combattant dissuade les plus téméraires et annihile les volontés les plus coriaces.
La jeunesse, à vrai dire, ne souffre pas des maux propres à son pays. La mondialisation qui a réduit les distances et multiplié les échanges, du moins par les moyens d'information audiovisuels, a aggravé aussi les frustrations.
Aujourd'hui, on ne se compare pas d'abord aux jeunes de son pays mais à ceux d'ailleurs. On compare son niveau et son salaire à ceux d'ailleurs. Sinon comment expliquer que des médecins, des étudiants sont prêts à exercer des métiers durs, dévalorisants ailleurs et refuser les mêmes, voire mieux chez eux ? Le président a rappelé des vérités que peu de jeunes prennent pourtant en compte. «Le travail est une vertu et il n'est point de métier dévalorisant». Beaucoup postulent aujourd'hui à devenir «agent de sécurité ou commerçant». Des secteurs comme l'agriculture ou le bâtiment restent déconsidérés et trouvent peu de bras. Dans des pays à économie forte, l'agriculture est valorisante, rentable, ouverte aux compétences et aux sciences. Comment dans un pays à forte tradition agricole où la majorité des habitants sont d'extraction rurale en arrivent-ils à se renier ? La jeunesse est quelque part responsable de ses malheurs. Elle se pâme devant l'Europe et fait du visa un idéal. Combien sont-ils chez eux ceux qui rêvent d'une société où toutes les valeurs qui fondent l'Europe (liberté de la femme, de religion, culte de la recherche et de l'effort) et font sa puissance sont récusées sinon combattues.
L'Algérie qui a tourné la page du terrorisme et qui a pardonné à nombre de ceux qui avaient pris les armes a mobilisé des ressources financières considérables pour assurer la formation et l'emploi à ses enfants. Pour le président, «il n'y a pas de patrie de rechange pour nos jeunes». C'est un appel du cœur mais aussi de la raison. |